Rencontre avec
MAX JULIEN


Par TUBBIES-Gaëtan - Je compare souvent Max Julien à un chat. Il est vif, t'oujours d'actualité et surtout, je crois bien qu'il a lui aussi neuf vies ! En 27 ans de carrière, le DJ/producteur a pris plusieurs pauses. Parfois pour apprendre, parfois pour se ressourcer. Il a aussi mis en veille sa carrière pour explorer le journalisme sportif. À chaque fois qu'il revient, c'est toujours en force, et tel un chat, il semble toujours retomber sur ses pattes.

Le grand patron de DeepSound Music en a fait du chemin depuis sa toute première gig en 1983. J'ai le plaisir de le rencontrer aujourd'hui, jour même de la sortie de son plus récent EP Exotic Journey.

Une rencontre avec un homme sincère.


Quel fut ton premier engagement à titre de DJ ?

J'ai fais quelques partys de sous-sol en 1982 et 1983, pour des amis de CEGEP, quand j'apprenais comment jouer. Un bon ami, qui avait le DJ-ing comme passe-temps, me passait parfois son équipement pour que je puisse pratiquer chez moi. Il a fini par abandonner, alors que moi, j'ai continué.

Ma seule gig payante avant que je commence à jouer dans les clubs, fut un party privé en novembre 1983, pour le McDonald's du quartier Côte-des-Neiges. On m'avait remis 75 $ !! (gros rire).

En avril 1984, j'ai débuté ma première résidence à l'Annexe, sur la rue Bishop. J'y suis resté jusqu'en novembre 1985. Je mélangeais surtout du Dance et de l'Alternatif - copiant plus ou moins, mais avec mon style personnel bien sûr, la formule du Lime Light qui m'influençait énormément - avec du rock. Ce n'était vraiment pas fréquent dans les bars commerciaux du centre-ville... j'ai donc commencé quelque chose.


Quels sont les producteurs qui t’inspirent ?

Il y a tellement d'excellents producteurs aujourd'hui, ça ne serait pas juste d'en nommer. Pour le House Progressif avec touche Tribal, j'adore Edson Pride. Mais j'écoute autant d'artistes dans le House et Trance que le temps me le permet.

Mes influences vont très loin. Je site surtout des producteurs Disco et Alternatifs des années 1970 et 1980, tels que Bobby Orlando, Giorgio Moroder, Cerrone et Brian Eno. Il faut aussi que je souligne Kraftwerk, le premier groupe important dans la musique électronique. Sans eux, il n'y aurait pas eu de Depeche Mode, Soft Cell, New Order, Men Without Hats, Rational Youth, Daft Punk et plusieurs autres.

J'apprécie beaucoup plus la musique Rock Progressive des années 1970 grâce au House et Trance Progressif d'aujourd'hui. Mon groupe favori était Queen, mais je réalise comment j'absorbais vraiment tout. Ça répond à ta question, mon Gaëtan ? (rires)


Quel est le défi majeur pour un producteur québécois intéressé à exporter sa musique ?

Dans la musique électronique d'aujourd'hui, les artistes sont vraiment chanceux. Que tu sois Canadien, Britannique, Russe ou de n'importe où, tout le monde a la même chance. Tout ce qu'il faut, c’est de la motivation pour s'améliorer comme artiste et un simple courriel aux maisons de disques est tout ce qui reste.

Les murs internationaux sont vraiment tombés et la monopole musicale Américaine et Britannique n'existe plus.

Quel est ta définition du succès ?


Elle est bien simple : être heureux et faire ce que l'on souhaite faire...

Une journée type pour débuter ta semaine ressemble à quoi ?


Je joue sur les ondes de Techno.fm tous les mardis à 17 h. Mon lundi est alors dédié aux nouveautés. Le reste de la semaine, c'est de me concentrer sur nos labels DeepSound Records (House) et DeepMoon Records (Trance).

Cependant, la majeure partie de mon temps va à la production. Tout cela après mon entraînement au gym ! (sourire) Franchement, ma semaine est vraiment bien balancée.

Parles-moi de ton tou nouvel EP Exotic Journey qui sort officiellement aujourd'hui via Beatport.

Avec mon ancien PC me donnait tellement de trouble, je n'ai presque pas eu le temps de produire dans la dernière année. En fait, mes productions n’étaient pas digne de ce que je voulais ou pouvait faire. En mars, j'ai investi dans un nouvel ordi, un nouveau logiciel de musique, ainsi qu’une nouvelle carte de son. Depuis, tout a changé pour moi.

Si c'est de la production que je voulais faire pour le restant de mes jours, il me fallait bien évidemment avoir les meilleurs outils. Je ne fais donc que de la musique depuis le mois d'août. Je produis en moyenne trois productions ou remix par mois. La sortie du jour - Exotic Journey - comprend les deux premiers morceaux de mon aventure.

Même si Chinese Piercing est la première pièce que j'ai produite, je la considè davantage comme un « b-side » à cause du côté expérimental (un voyage Late Night dans un jardin Chinois).

Pour ce qui est de Arabian Sonic Flares, j'ai voulu mélanger le House Progressif avec des de petites touches du Moyen-Orient. Je suis du résultat. Mais je dois absolument souligner les remixes de mes amis Danny W (Tor) et l'excellent Bésilien Marco Zappala qui nous en a fait une version interprétation plutôt Tribale. Ne le dites pas mais selon moi, c’est la meilleure version  ! (rires)

Après toutes ces heures de travail, je peux te dire finalement heureux de mon produit final. Ça m'a certes donné des ailes puisque mes productions réalisées récemment - et qui verront le jour en 2011 - sont encore meilleures !

Est-ce à dire qu'Exotic Journey est la renaissance du nouveau Max Julien ?

Exactement !

Comment envisages-tu ta carrière dans dix ans ?

Dix ans ??? C'est loin dix ans... Mais je te dirais encore DJ, encore producteur, encore en charge avec mon épouse, Nathalie Hamel, de DeepSound Music. Mais, le tout à un niveau supérieur.

Honnêtement, mes buts sont plus à court-terme, soit 2011. C’est Nathalie qui regarde plus le long-terme.

Quels sont tes projets à court-terme, justement ?

Nathalie et moi sommes heureux d'annoncer que nous avons conclu une entente avec YUL Records pour sortir des versions 2011 d'un classique new Wave/Alternatif de 1982, le grand City of Night, du groupe Montréalais Rational Youth. J'ai déjà fais deux remixes House, alors que Omar Cito Perez, Marco Zappala et le Britannique Morgan King signeront les autres versions pour DeepSound.

Bien évidemment, des versions Trance sur DeepMoon suivront, dont une de Fred Groulx, re:hab (GB), Michael Angello (Afrique du sud), Cellec (Amsterdam) et Zouvi, mon alter-ego Trance.

En parlant de Morgan King, nous avons fait une excellente chanson - Building A Dream - à Londres, qui vise la radio. On devrait aussi avoir droit à des remixes House.

J'ai aussi très hâte à la sortie de la pièce
 Adelante, de Marco Zappala. Elle sera accompagnée de remixes de Danny W, Stéfane Lippé et de moi. Possiblement mon meilleur remix à ce jour !

Ne travailles-tu pas aussi des productions en l'honneur de Martin Luther King et d'Elvis Presley ?

(Gros rires) Absolument ! La pièce White Tiger, de Dani Dimitri presents PoP Porn, fait en l'honneur de Martin Luther King - la vocale est son discours légendaire des années 1960 - verra le jour en janvier.

Ma prochaine production originale en sera effectivement une sur Elvis Presley et crois-moi, j'ai très hâte !

Les projets ne manquent vraiment pas, mon Max !

Tout mon travail en musique des 27 dernières années porte fruit.


Parles-moi de l’évolution de tes deux maisons de disques.

Les DJs/producteurs Debbie Tebbs et Patrick Brochu (alias PB Lowrez) étaient en charge du label Electrofone Records. En 2007, ils nous ont demandés de fonder un sous-label House. Puisque ça toujours été un rêve pour moi, DeepSound Records voyait le jour, quelques mois plus tard.

Bien évidemment, nous voulions d'abord apprendre tous les rudiments du métier, pour ensuite devenir indépendants. La première année n'a pas été la plus facile et nous avons beaucoup appris de nos erreurs...

DeepSound Music est toujours en croissance et nous sommes fiers d'être aujourd'hui respectés internationalement. Nous travaillons avec d'excellents artistes, dont Twisted Dee (Miami), Dirty Rhythm Syndicate (GB), Claudio Climaco (Italie), les Montréalais Jul Räken et Hugo Turenne, Sami Dee (Paris), Diva Dee (NYC) ainsi de ceux déjà mentionnés plus haut.

Nathalie caresse le souhait d'ajouter un label Dance plus accessible à la masse musicale. Mais moi je plus un gars underground. On le fera certes un jour... mais il faudra accèder à un autre niveau DeepSound et DeepMoon avant de faire ce grand saut
.

Que penses-tu de l’émergence des nouveaux DJs ?

Pour être honnête, c'est un sujet qui me déçoit un peu...

Pourquoi donc ?

De nos jours, il de plus en plus difficile d'être DJ, sans aussi être producteur... Il y a des producteurs qui n'ont jamais été DJ, et qui connaissent du succès avec une production. Automatiquement, ils deviennent en demande comme DJ. Avec les logiciels d'aujourd'hui, un producteur sans expérience comme DJ, sans véritable talent de mixage et sans expérience pour gérer une piste de danse, se trouve derrière un ordinateur, alors que le programme fait tout...

Triste constatation...

Tu sais Gaëtan, ça prends du temps et beaucoup d'expérience pour développer son instinct de DJ. N'oublie pas qu'il y a cinq ou six ans, nous vivions le
« gros drame » du changement des vinyles aux CDs... Personnellement, je trouve paresseux les DJs qui mixent avec les programmes. Il y a néanmoins de bonnes choses qui peuvent se faire avec ce matériel, comme l'ajout d'effets sonores, etc. Il est donc possible que j'aille tort dans le fond...

À l'inverse, un DJ ne devient pas producteur du jour au lendemain non plus...

Vraiment pas ! Ça prend beaucoup de temps d'apprentissage. Ça fera cinq ans en prochain que je me suis présenté chez Fred Groulx (alias DJ Max-8) qui m'a appris les bases de la production. Il m'a même fallu prendre une année sabbatique pour me donner le temps de me rendre où je suis aujourd'hui.

Il faut aussi faire beaucoup de lecture - la revue Computer Music ainsi que des sites et livres consacrés à la musique et la production - pour apprendre ce métier. Et pour devenir un excellent DJ, il faut aussi prendre le temps pour être bon.

Tu as des noms qui te viennent en tête ?


Je te dirais Tomy Villacorta et G-Feex de Montréal, Dr. Phil et son groupe du BPM de Gatineau, ainsi que Jason Jesse et son groupe du Sunrise d'Ottawa. Ce sont des DJs que je connais bien et qui se consacrent tous à l'amour et la passion de la musique électronique. Go guys !!


Mais alors, quel conseil donnerais-tu aux jeunes aspirants DJs ?


Il faut entièrement se consacrer à la musique. Bien sûr, il faut aussi travailler, gagner sa vie. Cependant, quand on y met l'effort, quand on ne pense qu’à la musique, quand on rencontre les bonnes personnes dans le domaine, quand on écoute et analyse des artistes qui ont du succès, quand ont fait tout pour s'améliorer, il est inévitable que le succès suivra.

N'y a-t-il pas aussi une question d'attitude ?


Tellement ! Il faut prendre son travail au sérieux et non se prendre au sérieux. Une partie du succès est aussi d'avoir la bonne attitude et non pas agir comme un trou de cul et son égo gonflé...

En terminant,
parle-moi un peu de ton show de radio DeepSound Tuesday.

Il roule toujours bien. Mes cotes d'écoute sur Techno.fm ont toujours été parmi les meilleures et ce, depuis six ans. Déjà siax ans... Wow !

Pour des raisons de temps, il me fallait fusionner mes deux émissions en une seule. Aujourd’hui avec DeepSound Tuesdays, j'alterne d'une semaine à l'autre entre mes styles House et Trance. Et le plus important pour moi, je joue toujours en direct. J'adore le live, même pour un public électronique !


Un merci sincère, Max.

 
 
 
Acheter/entendre le EP Exotic Journey ICI, via Beatport.

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